Leçon 3
ceacht a trí
Les noms
Les
genres
Les
cas
nominatif/accusatif (forme commune)
génitif
vocatif
datif
Les déclinaisons
Les noms irlandais sont, comme en français, du genre masculin ou du genre féminin. Environ 60% sont masculins et 40% sont féminins. Ils peuvent aussi, comme en français, être au nombre singulier ou au nombre pluriel. Et ils ont aussi des cas, c'est-à-dire des formes déterminées par leur rôle dans la phrase. Ils sont groupés dans 5 classes appelées déclinaisons. Les 4 premières déclinaisons sont dites régulières, et les noms y sont classés selon la façon dont leur cas génitif est formé. Les noms de la première déclinaison sont tous masculins; ceux de la deuxième sont féminins, avec une ou deux exceptions; on retrouve dans la troisième déclinaison des noms masculins et des noms féminins; dans la quatrième déclinaison, on retrouve en grande majorité des noms masculins. On verra plus loin quelles sont les caractéristiques de chaque classe régulière de noms. La cinquième classe contient les noms qui ne peuvent être associés à aucune des classes régulières; ce sont des noms irréguliers.
Il y a effectivement 2 genres en irlandais: le masculin et le féminin. Et l'appartenance d'un nom à un genre particulier n'est pas sans fondement. Le genre d'un nom, comme dans bien d'autres langues indo-européennes, a été déterminé il y a très longtemps par sa finale phonétique. Par exemple, en latin, les mots terminant par "a", comme "rosa" (rose) et "tabula" (table), partageaient un ensemble de caractéristiques grammaticales auxquelles on a associé le "genre féminin", peut-être parce que les noms des femmes se terminaient aussi par "a". Il en va de même en irlandais. Le fait d'être masculin ou féminin a des conséquences similaires à ce qui se passe en français: l'article qui le précède a une forme différente selon le genre du nom, l'adjectif qui le qualifie a aussi une forme différente, etc. On verra plus loin comment cela se passe en irlandais.
Y a-t-il des règles qui déterminent l'appartenance des noms à tel genre plutôt qu'à tel autre?
Les noms propres d'hommes ainsi que les noms désignant des hommes sont masculins; de la même façon, les noms propres de femmes et les noms désignant des femmes sont féminins. Il y a bien quelques exceptions, évidemment: par exemple, cailín, qui signifie "jeune fille", est un nom masculin! La terminaison du nom peut nous situer quant à son genre. En effet, certaines terminaisons sont systématiquement associées à un genre, comme en témoigne le tableau suivant:
| masculines | féminines | |||||
| terminaison | exemple | français | terminaison | exemple | français | |
| -án | arán | pain | -óg, -eog | fuinneog | fenêtre | |
| -ín | ispín | saucisse | -(i)úint | canúint | dialecte | |
| -ún | náisiún | nation | -lann | bialann | restaurant | |
| -úr | casúr | marteau | -(e)acht | éisteacht | écoute | |
| -(i)úir | dochtúir | médecin | ||||
| -óir, -eoir | ceoltóir | musicien | ||||
| -(a)ire | iascaire | pêcheur | ||||
| -éir | siúinéir | charpentier | ||||
| -(a)í | oibrí | travailleur | ||||
| -(e)as | tinneas | maladie | ||||
Selon leur fonction dans la phrase, c'est-à-dire, selon qu'ils sont sujets, compléments d'objet d'un verbe, compléments d'un nom, etc., les noms peuvent varier de forme quelque peu. On appelle les diverses formes que peuvent revêtir les noms des cas. On retrouve ce phénomène de cas dans plusieurs langues: l'allemand, le latin... l'anglais, qui n'en a conservé qu'un: le " 's " après les noms pour indiquer la possession. On peut même citer en français les diverses formes des pronoms personnels: "je" pour le sujet, "me" pour les compléments d'objet direct et indirect, "moi".
L'irlandais moderne possède 3 cas: la forme commune, le génitif et le vocatif. Il y a eu, il y a longtemps, un quatrième cas, le datif, mais il n'est plus guère utilisé de nos jours; là où on l'utilisait, il a été remplacé par la forme commune.
| Sujet d'une phrase | Tá an doras oscailte | La porte est ouverte | nominatif |
| Objet direct d'une phrase | Osclaíonn Seán an doras go minic | Seán ouvre souvent la porte | accusatif |
| Avec préposition | Tá duine éigin ag an doras | Il y a quelqu'un à la porte | datif |
Cette forme correspond aux cas nominatif (sujet), accusatif (objet direct) et datif (après préposition) que l'on retrouvait autrefois sous des formes différentes. Il n'y a plus de différence entre les cas nominatif et accusatif pour les noms; c'est pourquoi on parle de forme commune. On a vu cependant que les deux cas sont différenciés chez les pronoms personnels entre les pronoms personnels sujets et les pronoms personnels objets. Quant au datif, c'est-à-dire lorsqu'un nom est introduit par une préposition, il a été remplacé par la forme commune; mais il est encore utilisé quelquefois, et on le retrouve aussi fossilisé dans certaines expressions.
Génitif. Le génitif est la
forme spéciale utilisée pour le deuxième nom lorsque deux
noms sont mis en relation l'un avec l'autre. La relation la plus
usuelle est celle de possession, comme dans les exemples "Le livre de
Jean", "La couleur du livre". Mais le génitif est utilisé
pour de nombreuses autres relations. En fait, lorsqu'on veut écrire
quelque chose qui, en français, se dit avec la préposition "de" (le X de Y) ou
"à" (le X à Y), on emploie généralement en irlandais la forme génitive pour le
deuxième nom. Le génitif s'emploie aussi à la suite des prépositions
composées. Mais il est intéressant de noter que les prépositions composées
sont composées d'un nom qui commande un autre nom, le plus souvent avec la
relation "de". Prenons par exemple la préposition ar chúl. L'expression ar chúl an dorais, "derrière la porte", se traduit littéralement par
"sur le côté arrière de la porte". (cúl
signifie "le (côté) derrière, l'arrière"). Dans le cas de certaines
prépositions simples comme trasna et cois par exemple, nous sommes en présence de formes
spéciales de noms, souvent au datif, probablement des formes fossilisées
d'expressions anciennes où l'on utilisait ces noms de la même façon que nous
faisons en français quand nous disons "au coin du feu" (cois: datif de cos qui signifie
"pied"). Nous reviendrons sur la formation du génitif dans une autre
leçon. Le tableau qui suit indique les conditions où la forme génitive est
utilisée. Dans le tableau, "fc" signifie: forme commune.
| Possession | leabhar Sheáin (fc: Seán) | le livre de Jean |
| Origine | mac
Sheáin (fc: Seán) ubh lachan (fc: lacha) |
le fils de Jean un oeuf de canard |
| Matériel | fáinne óir (fc: ór) | une bague en or |
| Position | roth tosaigh (fc: tosach) | une roue de devant |
| Rang, poste | cailín aimsire (fc: aimsir) | une femme de chambre |
| Sorte, description | oíche gheimhridh (fc:
geimhreadh) lá Nollag (fc: Nollaig) |
une nuit d'hiver le jour de Noël |
| Utilisation | seomra codlata (fc: codladh) | une chambre à coucher |
| Valeur | ticéad scillinge (fc: scilling) | un ticket d'un shilling |
| Mesure (temps, âge, etc.) | pá míosa (fc:
mí) leanbh bliana (fc: bliain) |
un salaire d'un
mois un enfant d'un an |
| Part, partie | mo chuid fola (fc:
fuil) roinnt ime (fc: im) |
mon sang (ma part de
sang) du beurre (un peu de beurre) |
| Titre | sráid Uí Chonaill (fc: Ó Conaill) | la rue (de) Ó Conaill |
| Un contenant et son contenu | mála plúir (fc: plúr) | un sac de farine |
| Objet d'un nom
verbal lorsque l'objet suit le nom |
ag caitheamh airgid (fc: airgead) | en train de dépenser de l'argent
(littéralement: à une dépense d'argent) |
| Après les
prépositions: chun, trasna, timpeall, fearacht, dála, cois |
chuaigh mé chun aonaigh (fc:
aonach) trasna na tíre (fc: tír) timpeall an domhain (fc: domhan) bhí sé bocht, fearacht a mhuintire (fc: muintir) dála an scéil (fc: scéal) cois na tine (fc: tine) |
je suis allé à une
foire à travers le pays autour du monde il était pauvre, comme les gens de sa famille en passant, à propos, à ce sujet au pied/coin du feu |
| Après les prépositions composées | Ar chúl an
dorais (fc:
doras) De réir an leabhair (fc: leabhar) I ndiaidh seachtaine (fc: seachtain) |
Derrière (à l'arrière de) la
porte Selon le livre Après (à la suite d') une semaine |
Vocatif. Le vocatif est la
forme utilisée lorsqu'on s'adresse à quelqu'un. La particule a est placée devant le nom, et la consonne initiale du nom est adoucie. Les noms
appartenant à la première classe ou déclinaison de noms (masculins) partagent,
au vocatif singulier, la même forme que le génitif: Seán au vocatif devient A Sheáin; mac, qui signifie
"fils", devient a
mhic. Sinon, le vocatif a
la même forme que la forme commune (avec adoucissement de la consonne
initiale!). Il est intéressant de noter que le vocatif de noms communs
(par opposition aux noms propres) peut aussi signifier "mon ...", "mes ...":
a chara, "mon ami"; a chairde, "mes
amis".
| (Mon) Ami, ... | A chara, ... |
| (Mes) Amis, ... | A chairde, ... |
| Seán, ... | A Sheáin, ... |
| (Mon) Fils, ... | A mhic, ... |
Datif. Le datif n'est plus
guère utilisé de nos jours. Cette forme était utilisée autrefois lorsque
le nom suivait une préposition. Par exemple, dans ar an nighin bhig, nighin est la forme
dative de iníon (fille) et bhig la forme dative,
après adoucissement, de l'adjectif beag. Maintenant,
cette forme a été remplacée pratiquement partout par la forme commune:
ar an iníon bheag. Mais elle reste encore en usage pour
certains mots. Par exemple, le nom de l'Irlande, Éire au nominatif, a conservé sa forme dative, Éirinn: dans "je suis en Irlande", "en
Irlande" se dit: in
Éirinn, et dans "je vais en
Irlande", il se dit: go
hÉirinn. Nous mentionnerons au passage, lorsque cela se
présentera, la forme dative dans certaines expressions.
L'appartenance d'un nom à l'une ou l'autre des 4 déclinaisons régulières de noms dépend de la façon dont son génitif singulier est formé.
Première déclinaison:
Ce sont des noms masculins. Leur génitif est formé en rendant la
finale (la consonne finale) du mot étroite. Il est très important de
comprendre qu'il s'agit ici d'un phénomène avant tout phonétique.
L'orthographe des mots est ajustée pour représenter ce changement dans la
prononciation de la consonne finale du mot. Règle générale, on met un 'i'
devant la consonne finale. Cela peut amener d'autres changements aux
voyelles qui précèdent. Par exemple, le cheval se dit an capall, la queue du
cheval se dit eireaball an chapaill; on remarquera que le
"ll" large est devenu étroit, et cela s'est traduit dans la forme écrite par
l'insertion d'un 'i' devant 'll'.
Deuxième déclinaison:
Ce sont des noms féminins. Leur génitif est formé en ajoutant une
voyelle étroite à la fin du mot. Cela signifie que si la consonne finale
du mot est large, elle devient étroite. Dans la forme écrite, on ajoute un
'e' à la fin du mot. Si la consonne finale est large, c'est-à-dire
précédée d'une voyelle large, on place un 'i' juste devant, et cela peut amener
des changements aux voyelles qui précèdent. Par exemple, le parc se
dit an pháirc, et la grille du parc se
dit geata na páirce. On a ajouté
un 'e' à la fin, et c'est suffisant parce que la consonne finale du mot, 'r',
est déjà étroite. Dans l'exemple suivant, où la chaussure se dit
an bhróg, et la semelle de la chaussure
se dit bonn na bróige, on a
ajouté un 'e' à la fin du mot, et comme la consonne finale, 'g', est large, on a
aussi ajouté un 'i' devant à cause de la règle "caol le caol agus leathan le
leathan".
Troisième déclinaison:
Ce sont des noms masculins et des noms féminins. Leur génitif est formé en ajoutant une
voyelle large à la fin du mot. Cela signifie que si la consonne finale du
mot est étroite, elle devient large. C'est en fait l'inverse de ce qui se
passe pour les noms de la deuxième déclinaison. Dans la forme écrite, on
ajoute un 'a' à la fin du mot. Si la consonne finale est étroite,
c'est-à-dire précédée d'un 'i', celui-ci est enlevé, pour obéir à la règle
"caol le caol agus leathan le leathan". Par exemple, le
fermier se dit an feirmeoir, et
la terre du fermier se dit talamh an
fheirmeora. On a ajouté un 'a' et enlevé le 'i' devant
la consonne finale 'r'. Le changement de la finale du mot pour la rendre
large peut être substantiel, comme on peut le voir dans l'exemple suivant: le
sang = an fhuil, la couleur du sang
= dath na fola.
Quatrième déclinaison:
Ce sont surtout
des noms masculins et quelques noms féminins.
Leur génitif a la même forme que leur nominatif/accusatif. Voici des
exemples. la grille = an geata, la
hauteur de la grille = airde an gheata;
la liberté = an tsaoirse; le prix de
la liberté = luach na
saoirse.
Cinquième déclinaison:
Ce sont des noms masculins et des noms
féminins. Il n'y a pas de règle précise pour la formation de leur
génitif. Certains noms ont une forme génitive complètement différente.
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Conversation - comhrá
- A Sheáin a chara, conas atá
tú?
(Seán, mon ami, comment vas-tu?)
-- Go maith. Agus tusa, a
Mháire?
(Bien. Et toi,
Marie?)
- Go holc. Tá
leabhar an mhúnteora agam. Agus tá smál bealaidh
air.
(Mal. J'ai le livre du professeur. Et il y a une tache de graisse
dessus. (Une tache de graisse est sur lui))
-- Ó, tá fadhb agat
cinnte.
(Oh! Tu as un problème, pour
sûr.)
bealadh - graisse
cinnte - pour sûr,
certainement
fadhb - problème
leabhar
- livre
múnteoir -
professeur
olc - mauvais
go holc - mal
smál -
tache
tusa
- toi
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© Benoit Farley 2001
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