Les dialectes
L'accentuation
La
prononciation
Les voyelles
La voyelle neutre
Les combinaisons de
voyelles
Les
consonnes
Les diphtongues
D'autres
combinaisons
Le son
additionnel entre deux consonnes
Les consonnes doubles en fin de mot
L'adoucissement et l'éclipse
L'adoucissement
L'éclipse
La langue irlandaise compte plusieurs dialectes, dont les trois principaux sont l'irlandais de Munster, parlé dans les comtés de Kerry, de Clare et de Cork, l'irlandais de Connacht, parlé dans les comtés de Galway et de Mayo, et l'irlandais de l'Ulster, parlé dans le comté de Donegal. Il ne s'agit pas là de langues différentes, loin de là, mais de divergences ou de différences quant à l'orthographe des mots, la prononciation de certains mots ou de certaines combinaisons de lettres, et la façon de dire certaines choses. Par exemple, pour demander à quelqu'un comment ça va, on a, selon le dialecte choisi : Conas atá tú? (Munster), Cén chaoi a bhfuil tú? (Connacht), et Caide/Goide mar atá tú? (Ulster), qu'on pourrait traduire littéralement par: Comment es-tu ?, Dans quelle condition es-tu ?, et Qu'est-ce que c'est comme tu es ?. Il n'y a rien de bien surprenant là, n'est-ce pas ? N'avons-nous pas, nous-même en français, plusieurs façons différentes de dire une même chose ? Il y a quelques dizaines d'années, les autorités irlandaises ont procédé à une simplification de l'orthographe de la langue et ont établi le standard officiel, An Caighdeán Oifigiúil. On emploit maintenant ce standard dans la langue écrite, mais les différences dialectales sont encore bien vivantes. Encore là, il n'y a rien là de singulier ; pensez aux différences de prononciation entre la France et le Québec, par exemple, ou entre Paris et Marseille, en France, ou encore entre Montréal et Gaspé, au Québec.
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Munster | Connacht | Ulster |
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En irlandais, toutes les syllabes d'un mot ne sont pas
prononcées avec la même force, à la même hauteur. En règle générale,
la première syllabe est accentuée, c'est-à-dire prononcée plus
fort et plus distinctement. Les autres syllables, non accentuées, sont
prononcées plus bas, avec moins de vigueur, ce qui se traduit par un certain
relâchement dans la prononciation des voyelles. Par exemple, dans le mot
cara
, qui signifie "ami" (le mot chairde
que vous avez rencontré plus haut est une forme plurielle de ce mot), l'accent
porte sur la première syllabe "ca", et sa voyelle "a" est prononcée avec la
valeur "a" ; mais la deuxième syllabe "ra" n'est pas accentuée, et sa voyelle
"a" est prononcée plutôt comme un faible "e" français que nous représenterons
dans notre prononciation figurée par le symbole /e/ ([ə] en API). On
représentera donc le mot cara par /KA-re/. Notons au
passage sur la prononciation figurée que les syllabes sont séparées par un
trait d'union et que la syllable accentuée est en majuscules et la syllabe non
accentuée en minuscules.
Nous avons dit "en règle générale". Il y a bien
sûr des exceptions. Certains mots, qui étaient dans un lointain passé
des mots composés, possèdent l'accent sur la deuxième syllabe. Parmi les
plus communs on trouve : anois (/e-NICH/)
*, arís (/e-RÎ:CH/)
*,
anocht, aréir, ariamh, anall, arú,
amháin, aneas, anuas. Il existe aussi des
différences d'accentuation entre les dialectes. Dans le Munster,
l'accent tombe sur la syllable finale ou sur la deuxième syllabe. Dans
le Connacht, il tombe sur la première syllable, la racine. Dans
l'Ulster, l'accent tombe sur la première syllabe, comme dans le Connacht, mais
la syllabe finale est raccourcie. Par exemple, le mot cosán est
prononcé :
/ko-SÂ:N/ dans le Munster
/KO-sâ:n/ dans le
Connaught
/KO-sen/ dans l'Ulster
Il est bien difficile d'apprendre une langue sans être capable de prononcer, même mentalement, les mots que l'on lit. En regardant des mots, on a tout naturellement tendance à les prononcer, mais lorsqu'on ne connaît pas le système phonétique d'une langue, ou bien on utilise le système phonétique de notre langue maternelle, qui n'est la plupart du temps pas adéquat, ou bien on est bloqué, on ne prononce rien et on a une impression de vide, d'impuissance. Prenez par exemple le mot taoiseach. Avez-vous la moindre idée de la manière dont il faut prononcer ce mot ? Je vais donc tenter de vous expliquer la prononciation, le système phonétique de la langue irlandaise. Ceci n'est qu'un guide, évidemment, et le mieux serait que vous vous procuriez des enregistrements où l'on entend des gaeilgeoirí converser ou dire des mots et des phrases en irlandais, ou encore que vous visitiez des sites internet qui proposent des clips audio.
La langue irlandaise, bien qu'écrite dans les temps anciens avec les caractères "ogham", a pratiquement toujours utilisé l'alphabet latin tout au long de son histoire. La version irlandaise de cet alphabet comprend cinq voyelles – a, e, i, o, u – et douze consonnes – b, c, d, f, g, l, m, n, p, r, s, t. La lettre ‘h’ n'est pas considérée comme une consonne ; elle a été introduite plus tard pour indiquer l'adoucissement des consonnes, suite à l'abandon de l'ancien script où l'adoucissement était marquée par un point au-dessus de la consonne adoucie. On rencontre aussi d'autres lettres comme le ‘v’, le ‘j’ et le ‘x’ dans des mots étrangers empruntés.
Il y a deux sortes de voyelles, les vélaires et les palatales. Les vélaires, ou postérieures, ou larges, sont les sons /a/, /o/ et /u/ (que nous écrivons 'ou') ; elles sont prononcées plus profondément dans la bouche, au niveau du voile du palais (voile = vélaire). Les palatales, ou antérieures, ou étroites, sont le /e/ et le /i/ ; elles sont prononcées plus avant dans la bouche, derrière les dents du haut, au niveau du palais (palais = palatale). Je crois que les termes "large" (pour vélaire) et "étroite" (pour palatale) utilisés en anglais proviennent du fait que l'espace entre la langue et la voûte de la bouche est plutôt large lorsque l'on prononce les voyelles a, o et u, et plus étroit lorsque l'on prononce les voyelles e et i. Cette distinction entre voyelles vélaires et palatales est importante pour la prononciation des consonnes qui accompagnent les voyelles.
De plus, chaque voyelle possède une forme longue et une forme brève, la forme longue étant habituellement marquée par un accent aigu. Dans notre prononciation figurée, la forme longue est indiquée par un ‘:’ à la suite de la voyelle. Les voyelles longues sont généralement plus fermées que les brèves, et cela se traduit dans notre prononciation figurée par un accent circonflexe sur la voyelle (sauf pour le ‘é’).
Le tableau qui suit décrit la prononciation approximative des voyelles longues et brèves dans les mots à syllabe unique ou dans les syllabes accentuées des mots à plusieurs syllabes. Je dis « approximative » parce qu'il est très difficile de décrire très précisément comment on prononce des sons, et parce que ces sons en irlandais sont prononcés légèrement différemment selon les dialectes. Il serait fastidieux d'indiquer pour chaque voyelle et chaque consonne comment elles sont prononcées dans chaque dialecte. Nous croyons que la prononciation donnée ci-dessous vous permettra certainement d'être compris même si elle ne correspond pas exactement au dialecte de votre interlocuteur. Nous commencerons donc avec le tableau des voyelles. Dans la colonne à l'extrême droite du tableau, où est présentée la prononciation API (alphabet phonétique international) de mots contenant les voyelles, les consonnes sont marquées de signes diacritiques qui indiquent leur « couleur », i.e. comment elles sont articulées. Reportez-vous au tableau des consonnes plus bas pour les détails.
Je ne veux pas entreprendre ici un cours de phonologie et de phonétique, mais disons au moins ceci. La phonologie décrit les phonèmes d'une langue, i.e. les sons qui sont considérés comme portant des sens sémantiques différents ; par exemple, le /p/ et le /b/ dans les mots français 'pas' (/pɑː/) et 'bas' (/bɑː/). [La transcription phonologique d'un son, d'un mot, met les symboles entre barres obliques.] La phonologie ne dit pas (pas vraiment) comment le son est articulé, comment il est produit, et ne se soucie pas des différentes façons dont le son peut être produit d'un dialecte à un autre, ce qu'on appelle les allophones ; çà, c'est la phonétique qui s'en occupe. En phonologie, le son correspondant à la lettre française 'k' est transcrit /k/, et le mot irlandais 'caoi' est transcrit /kiː/ phonologiquement. Mais cette transcription ne dit pas tout sur ce qui est vraiment produit et entendu. Dans le cas de 'caoi', un son de glissement est produit entre la consonne et la voyelle (à cause de leurs natures respectives), comme une sorte de 'w' léger, qui est indiqué par /ɰ/ ; la transcription phonétique, plus précise, rend ce son de glissement : [kɰiː]. En transcription phonétique, les symboles sont placés entre crochets.
| voyelle | description | exemple | prononciation | ||||
| latin | gaélique | figurée | API | figurée | API | ||
| a | a | /a/ | /ɑ/ | c'est le son de la lettre ‘a’ dans le mot français barre mais tenu moins longtemps | mac
|
/mak/ | /mˠɑk/ |
| á | á | /â:/ | /ɒː/ | c'est le son /a/ ci-haut tenu plus longtemps, et un tantinet plus fermé juste un peu moins que le 'o' du mot français 'botte' ; c'est aussi le son des lettres "aw" dans es mots anglais saw et law | lá |
/lâ:/ | /l̪ˠɒː/ |
| e | e | /è/ | /ɛ/ | c'est le son équivalent à la lettre "è" en français | te |
/t'yè/ | /tʲɛ/ |
| é | é | /é:/ | /eː/ | c'est le son équivalent à la lettre "é" en français, mais tenu un peu plus longtemps | mé |
/m'é:/ | /mʲeː/ |
| i | i | /i/ | /ɪ/ | c'est le "i" court de l'anglais, comme dans le mot anglais bit ; inconnu en français standard, on le retrouve en français québécois, par exemple dans le mot famine | min |
/m'in'/ | /mʲɪnʲ/ |
| í | í | /î:/ | /iː/ | c'est le son du "i" français tenu un peu plus longtemps | bí |
/b'î:/ | /bʲiː/ |
| o | o | /o/ | /ɔ/ | c'est le son de la lettre "o" dans le mot français botte | moladh |
/mol/ | /mˠɔl̪ˠ/ |
| ó | ó | /ô:/ | /oː/ | c'est le son de la lettre "ô" dans le mot français hôtel | mór |
/mô:r/ | /mˠoːɾˠ/ |
| u | u | /ou/ | /ʊ/ | c'est le "ou" court de l'anglais, comme dans le mot anglais book ; inconnu en français standard, on le retrouve en français québécois, par exemple dans le mot moumoutte | rud |
/roud/ | /ɾˠʊd̪ˠ/ |
| ú | ú | /ôu:/ | /uː/ | c'est le "ou" français, mais tenu un peu plus longtemps | dún |
/dôu:n/ | /d̪ˠuːn̪ˠ/ |
Les voyelles brèves dans les syllabes non-accentuées sont, comme nous l'avons déjà mentionné plus haut (voir L'accentuation ), prononcées plus faiblement et de façon plus relâchée, neutre. Le son que l'on entend est moins distinct. Dans certains textes, on décrit un son unique, semblable au 'e' du mot français "genou" ou encore au son de la première syllabe non-accentuée du mot anglais "about", représenté dans notre prononciation figurée par /e/ et dans l'alphabet phonétique international (API) par /ə/. D'autres textes décrivent la voyelle neutre sous 3 formes légèrement différentes selon les sons qui l'entourent. En voici un résumé dans le tableau ci-dessous. Notez cependant qu'à toutes fins pratiques, le « schwa » usuel /ə/ est la norme dans les transcriptions.
| contexte | son | exemple | prononciation | ||
| figuré | API | figurée | API | ||
| - entre 2 consonnes larges - entre une consonne large et la fin du mot |
/e/ | /ə/ | focal bosca |
/FO-kel/ /BOS-ke/ |
/ˈfˠɔkəlˠ/ /ˈbˠɔsˠkə/ |
| - entre une consonne étroite et une consonne large | /è/ | /ɛ/ | Éireann |
/É-rjèn | /ˈeːɾʲɛn̪ˠ/ |
|
- entre 2 consonnes étroites - entre une consonne large et une consonne étroite - entre une consonne étroite et la fin du mot |
/i/ * | /ɪ/ * | cuirim focail duine |
/KwI-rjim'/ /FO-kil'/ /DI-n'i/ | [ˈkɰɪɾʲɪmʲ] /ˈfˠɔkɪlʲ/ /ˈd̪ˠɪnʲɪ/ |
* En pratique, parce qu'elle est justement prononcée courte et dans des syllabes non-accentuées, la voyelle neutre dans la 3ème rangée du tableau ci-dessus est souvent difficile à définir clairement. Ce qu'on dit être un /ɪ/ se situe souvent en fait quelque part entre /ə/ et /ɪ/, surtout dans le dernier cas, à la fin du mot.
On aura peut-être remarqué que dans les mots irlandais, on trouve très souvent des séquences de 2 ou 3 voyelles, par exemple "ea" de leagan, "ái" de Máire, "eoi" de ceoil, "ae"de Gael, "aoi" de saoire, "ei" de eile. Certaines de ces voyelles sont des voyelles intercalaires. Une voyelle intercalaire est une voyelle que l'on insère avant ou après une consonne pour indiquer la qualité vélaire ou palatale (large ou étroite) de la consonne (voir la règle étroite avec étroite et large avec large, dans la section sur les consonnes). Les voyelles intercalaires ne sont pas prononcées ; elles font partie de la consonne, si l'on peut dire. Par exemple, dans le mot leagan, le "e" n'est là que pour indiquer que le "l" est étroit ; il n'a aucune valeur phonétique de voyelle. S'il existait un caractère spécifique pour le "l" étroit, imaginons "⊕", on pourrait l'écrire ⊕agan et on n'aurait pas besoin du "e". Dans le mot Máire, le "i" est une voyelle intercalée pour indiquer clairement que le "r" est étroit.
D'autres combinaisons par contre sont indissociables et représentent des sons particuliers. Remarquez bien cependant que les voyelles voisines des consonnes leur donnent leurs valeurs "étroite" ou "large". (Sauf dans le cas "ae", qui est considérée comme une voyelle large, malgré le "e").
Le tableau suivant dresse l'inventaire des
diverses combinaisons de voyelles.
1 Un site propose par exemple qu'on peut prononcer indifféremment le mot tiomáint (forme du verbe conduire) des deux façons : /ˈtʲɪmˠɒːnʲtʲ/ ou /ˈtʲɔmˠɒːnʲtʲ/ ; même chose pour le mot iomlán (total, totalité). L'étymologie de ces mots et d'autres, comme brionglóid (rêve), nous ramène aux formes du vieil irlandais timánid, imlán, brinn qui montrent bien que le son original était /ɪ/ et que la lettre 'o' est un ajout, une lettre intercalaire pour démontrer le caractère 'large' de la consonne suivante. On doit donc comprendre que la combinaison 'io' sert à représenter tantôt le son /ɪ/, tantôt le son /ɔ/, selon l'étymologie du mot, et que sa prononciation est ambiguë pour un néophyte. On a par exemple sioc et siopa avec /ɔ/, mais sionnach avec /ɪ/.
Chaque consonne possède deux prononciations, l'une vélaire (large), l'autre palatale (étroite). À l'écrit, on peut reconnaître la prononciation d'une consonne par la ou les voyelles qui l'accompagnent : une consonne initiale par la voyelle qui la suit ; une consonne finale par la voyelle qui la précède, et une consonne intérieure par les deux voyelles dont elle est flanquée devant et derrière. Les consonnes intérieures ont besoin d'être flanquées de part et d'autre par des voyelles de même nature de façon à enlever toute ambiguïté quant à leur valeur ; c'est ce qu'on appelle la règle Caol le caol agus leathan le leathan (CCLL), c'est-à-dire "étroite avec étroite et large avec large". Ainsi, une consonne vélaire (large) est toujours accompagnée de voyelles vélaires (a, o, u), et une consonne palatale (étroite) est toujours accompagnée de voyelles palatales (e, i). (On utilisera désormais les termes "large" et "étroite" en lieu et place des termes "vélaire" et "palatale"). Dans les cas où la qualité sonore d'une consonne et le son de voyelle qui la suit ou la précède ne concordent pas, une voyelle du même type que la consonne est intercalée dans l'orthographe entre la consonne et la voyelle. Par exemple, là où un "c" étroit est suivi d'un "a", un "e" est intercalé entre le "c" et le "a", comme dans le mot ceart. Les voyelles intercalaires ne sont pas prononcées ; elles ne servent qu'à indiquer comment les consonnes doivent être prononcées. Malheureusement, lorsqu'on est en présence de deux voyelles brèves, il n'est pas toujours évident de déterminer laquelle de deux voyelles est la voyelle intercalaire et donc, de déterminer la prononciation du mot. Par exemple, dans le mot bain, est-ce le "a" ou le "i" qu'il faut prononcer ? (En fait, c'est le "a" qu'il faut prononcer ici, le "i" ne servant qu'à indiquer que le "n" final est étroit.)
Lorsqu'une consonne vélaire (large) est suivie d'une voyelle
antérieure (étroite), on entend clairement entre la consonne large et la voyelle
étroite un léger son "w" (mais les lèvres ne sont pas arrondies), noté /ɰ/,
très rapide, comme s'il faisait partie intégrante
de la consonne, un peu comme dans le cas du mot français "enfoui", mais moins
articulé. Par exemple, les mots naoi /n̪ˠiː/
et caoi /kˠiː/
se prononcent
/n̪ˠɰiː/ et
/k̪ˠɰiː/. Ce
son est labialisé, i.e. prononcé avec les lèvres arrondies,
comme /w/, après les consonnes labiales (/b/, /p/, /m/) ; ainsi faoi
/fˠiː/ et
buí /bˠiː/ sont prononcés
[fˠwiː] et [bˠwiː]. Ce son est causé tout
naturellement par le passage des lèvres d'une position plus
avancée vers l'extérieur, loin des dents, pour la prononciation du 'f' large, à
une position plus reculée, près des dents et plus serrées pour la prononciation
du son /î/.
Un phénomène similaire se produit lorsqu'une consonne
palatale (étroite) est suivie d'une voyelle postérieure (large), comme par
exemple dans le mot
beo /bʲoː/
[bʲjoː]
. On entend un léger "y" entre la consonne et la
voyelle, un peu comme dans le cas du mot français "piastre", mais moins
articulé.
Ces sons de glissement "w" et "y" sont très souvent très peu perceptibles lorsqu'une consonne est accompagnée d'une voyelle du même type.
Le tableau suivant indique, pour chaque consonne, la prononciation large et la prononciation étroite, avec une description de la façon dont le son est produit, et avec des enregistrements sonores de mots irlandais typiques pour les quatre cas :
consonne large + voyelle large
consonne large + voyelle étroite
--------------------------------------
consonne étroite + voyelle large
consonne étroite + voyelle étroite
Une diphtongue est un son continu qui commence par une
voyelle et qui subit un changement d'articulation qui fait entendre une autre
voyelle. Par exemple, en français, nous avons les diphtongues "ail"
comme dans paille, "oui" comme dans fouine, "ui" comme dans
luire, "oi" comme
dans loi, "eil' comme dans pareil, etc. Eh bien, en irlandais, il y a aussi des
diphtongues. Dans l'orthographe, elles sont représentées par des
combinaisons particulières de lettres qu'il vous faudra apprendre à
apprivoiser, car pour un francophone, cette orthographe est un peu surprenante
et déconcertante. Ces combinaisons ont valeur de diphtongue au début et
à l'intérieur des mots, très rarement à la fin (voir D'autres combinaisons).
| Combinaison | équivalente à | exemple | prononciation | |||
| lettres | figurée | API | figurée | API | ||
| -adh-, -agh- -aidh-, -aigh- -eidh-, -eigh- (1) |
/ài/ | [aɪ] | a + i | fadhb aidhm meidhreach |
||
| -abh-, -amh -obh-, -odh-, -ogh-, -omh- (2) |
/àou/ | [aʊ] | a + u | gabhar lobhar |
||
| ia | /î:-e/ | [iə] | í + /e/ | Dia |
||
| ua | /ôu:-e/ | [uə] | ú + /e/ | fuar |
||
Certaines combinaisons de lettres à la fin des mots ont
une prononciation particulière, qui peut différer d'un dialecte à
l'autre.
| Combinaison | exemple | prononciation | |||
| lettres | figurée | API | figurée | API | |
| -adh (dans un nom)
-adh (dans un verbe) |
/e/ /ex/ |
[ə] [əx] |
margadh tógadh |
/MA-rege/ /TÔ:-gex/ |
[ˈmɑɾəgə] [ˈtoːgəx] |
| -idh | /î:/ | [iː] | dúnfaidh |
/DÚ:N-hî:/ | |
| -igh | /î:/ ou /î/ /ig/ dans le Munster |
[iː] ou [i] [ɪg] |
ceannaigh suigh |
||
f) Le son additionnel entre deux consonnes (r, l, n suivi de m, b, bh, g)
Lorsqu'un r, l ou n est suivi d'un m, b, bh ou g, un son de voyelle se fait entendre entre les deux consonnes. Si les consonnes sont larges, la voyelle est un /e/ [ə] ; si les consonnes sont étroites, la voyelle est un /i/ [ɪ]. Voici des exemples:
gorm (bleu) /GOR-em/
[ˈgɔɾəm]
bolg (estomac) /BOL-eg/
[ˈbɔləg]
ainm (nom) /ÀN'-im'/
[ˈanɪm]
airgead (argent) /ÀR'-i-g'yed/
[ˈaɾʲɪɟəd]
| r l n |
/e/ [ə] /i/ [ɪ] |
m b bh g |
g) Les consonnes doubles en fin de mot (ll, nn, rr - et m, rd)
À la fin d'un mot, lorsqu'une syllabe accentuée se
termine par une voyelle brève suivie de ll, nn, rr ou
m, la voyelle est prononcée longue. Le plus souvent, cela arrive
dans les mots d'une seule syllabe. Par exemple, poll (trou) est
prononcé /pô:l/ [poːl, im (beurre) est prononcé /î:m'/ [iːm],
mall (lent) est
prononcé /mâ:l/ [mɒːl]
.
Mais "oll" et "all" peuvent aussi être prononcés avec la
diphtongue /aou/
[aʊ]: /paoul/ [paʊl], /maoul/ [maʊl].
Une voyelle brève suivie de rd est prononcée
longue. Ainsi, bord (table) est prononcé /bô:rd/
[boːɾd], garda
(policier) /GÂ:R-de/ [ˈgɒːɾdə], ard (haut) /â:rd/
[ɒːɾd].
L'adoucissement et l'éclipse des consonnes sont deux phénomènes phonétiques typiques des langues celtes, qui se traduisent par une altération de la consonne initiale des mots dans certaines circonstances très précises que nous verrons dans les pages traitant de la grammaire. Dans la littérature, on appelle ces altérations des mutations. Par exemple, la consonne initiale des noms subit un adoucissement à la suite des adjectifs possessifs se rapportant aux trois personnes du singulier (mo : mon, ma, mes, do : ton, ta, tes, a : son, sa, ses (à lui)) : bád /bâ:d/ [bɒːd] - bateau, mo bhád /me vwâ:d/ [mə vɒːd] - mon bateau), et est éclipsée à la suite des adjectifs possessifs se rapportant aux trois personnes du pluriel (ár : notre, nos, bhur : votre, vos, a : leur, leurs): ár mbád /â:r mâ:d/ [ɒːɾ mɒːd] - notre bateau.
L'adoucissement (lenition, en anglais) est un phénomène phonétique traduisant un affaiblissement consonantique. Le terme d'aspiration a longtemps été utilisé, mais il n'est pas tout à fait exact, car les sons soumis à cette modification ne sont pas réellement aspirés, mais plutôt adoucis, affaiblis, et nous préférerons donc le terme d'adoucissement (séimhiú, en irlandais). Les consonnes adoucies sont produites avec un certain relâchement, avec moins de détermination au niveau de la langue, de la gorge et des lèvres. Par exemple, prenons le "m" large. En français, le "m" est produit simplement en décollant les lèvres lorsque la bouche est fermée. En irlandais, le "m" large est produit de la même façon, c'est-à-dire en décollant les lèvres, mais la position initiale des lèvres, lorsque la bouche est encore fermée, est différente: elles sont plus éloignées vers l'avant. C'est de fait ce qui engendre le son intercalaire "w" dont on a déjà parlé dans la section sur les consonnes. Maintenant, essayez de produire ce "m" large, mais cette fois, les lèvres à l'état initial n'étant pas tout à fait closes: le son produit sera très semblable à un "w".
Les consonnes qui peuvent être affectées par l'adoucissement sont: b, c, d, f, g, m, p, s, t. À l'écrit, on indique l'adoucissement des consonnes en leur faisant suivre la letre "h". Ceci est une convention qui a été créée lorsqu'on a abandonné l'ancien script, qui marquait l'adoucissement d'une consonne en plaçant un point au-dessus d'elle.
Le tableau suivant montre comment sont prononcées les consonnes adoucies.
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L'éclipse (urú, en irlandais) est un phénomène régi par un ensemble bien défini de règles, par lequel certaines consonnes sourdes sont prononcées voisées, et certaines consonnes voisées sont prononcées nasalisées. L'éclipse ne s'applique qu'en début de mot. Seules les consonnes b, c, d, f, g, p et t peuvent être éclipsées. À l'écrit, cela se traduit par l'insertion de la consonne éclipsante devant la consonne éclipsée. Oui! J'ai bien dit: insertion, car la consonne éclipsée reste là!!! Mais elle n'est plus prononcée; elle est remplacée (éclipsée) par l'autre consonne. Par exemple, la préposition i qui signifie 'dans', ou encore 'à' lorsqu'on veut situer une ville ou un pays, éclipse la consonne initiale du nom qui la suit. Ainsi, pour dire: "à Paris" dans le contexte "habiter à Paris", on aura: i bPáras prononcé /e BÂ:-res/ [ə ˈbɒːɾəs], où le 'P' a été éclipsé par 'B'. Vous noterez que la consonne éclipsante est toujours en minuscule.
Le tableau suivant montre comment sont prononcées les consonnes éclipsées.
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| Consonne |
|
exemple | prononciation | ||||
| lettre | éclipse | figurée | API | figurée | API | ||
| b | mb | reportez-vous à la description du 'm' au tableau des consonnes | seacht mbád |
||||
| c | gc | reportez-vous à la description du 'g' au tableau des consonnes | i gCeanada |
||||
| d | nd | reportez-vous à la description du 'n' au tableau des consonnes | ár ndoras |
||||
| f | bhf | reportez-vous à la description du 'bh' au tableau des consonnes adoucies | an bhfuil tú |
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|
|
ng | /ng/ | [ŋ] | c'est un son nasillard, comme celui, bien connu en anglais, du mot sing | Dún na nGall |
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|
|
bp | reportez-vous à la description du 'b' au tableau des consonnes | ar an bpáiste |
||||
|
|
dt | reportez-vous à la description du 'd' au tableau des consonnes | a dteach |
||||
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Bon! Je crois bien qu'on peut maintenant passer à l'étude de l'irlandais. J'espère que cette page saura vous aider à démystifier l'orthographe peu ordinaire des mots irlandais et à vous faire une image assez précise de leur prononciation. Revenez-y aussi souvent que vous avez besoin.